Pourquoi-etre-heureux-quand-on-peut-etre-normal--Jeanette.jpg« Quand le premier supermarché d'Accrington a ouvert, personne n'y allait parce que les prix avaient beau être bas, ils étaient fixes. Au marché, rien n'était gravé dans le marbre ; vous pouviez chicaner sur tout. Cela faisait partie du plaisir et le plaisir était dans le théâtre du quotidien. Chaque étal offrait un spectacle. Même pauvre, obligé d'attendre la toute fin de journée pour vous payer à manger, vous passiez un bon moment au marché . Vous croisiez des connaissances, il y avait quelque choses à regarder.
        Je  ne suis pas une fanatique des supermarchés et je déteste y faire mes courses, même pour ce que je ne peux pas trouver ailleurs, comme la nourriture pour chat ou les sacs-poubelles. Je dois cette détestation surtout au fait qu'ils ont réduit à néant cette vie locale si intense. Aujourd'hui, l'apathie qui s'est infiltrée dans notre existence n'est pas que la conséquence d'un boulot ou de programmes de télé chiants, mais de la perte de cette vie locale, les commérages, les rencontres, ces journées palpitantes, chaotiques, bruyantes où tout le monde est le bienvenu, avec ou sans argent. Et si vous n'aviez pas les moyens de chauffer votre maison, vous pouviez toujours aller au marché couvert. Tôt ou tard, quelqu'un vous paierait une tasse de thé . C'était comme ça . »

Merci à Emmanuelle Kalfa, responsable de la Médiathèque et ex-amapienne, d'avoir fait découvrir au groupe de lecteurs, ce récit d'une jeune vie qui refuse de se laisser couler dans le moule. Et quel moule !
« Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? » Jeanette WINTERSON
Editions de l'Olivier . 2012 pour l'édition en langue française.

Nelly T

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