Fait divers... fait d'été, suite
01 août 2012
Après le récit de l'incroyable aventure de Cachou, l'entretien avec Isabelle se poursuivit.
N.T. : Alors comme ça, Isabelle, tu crois au destin ?
I.R. : Ben … oui... pas vous ? (Isabelle ne se décide pas à me tutoyer ! ) Il y a des choses qui ne s'expliquent pas …
N.T. : Non ! C'est vrai ! Mais d'abord, Cachou n'est pas un cat, c'est un lapin, et comme vous ne connaissez pas encore le sexe des petits, vous ne savez pas s'il est né dans un chou ! Je pense qu'on appelle « destin » ce qu'on n'arrive pas à expliquer. C'est rassurant de penser qu'il y aurait , quelque part , une instance qui pourrait tout prévoir. C'est comme croire en Dieu !
I.R. : Ah bon ! Mais alors, comment vous expliquez les choses vous ?
N.T. : Je me forge une opinion, mais c'est pas forcément la vérité. Par exemple, là, j'imagine que Cachou est un petit lapin souvent dans la lune. Y a beaucoup d'enfants humains qui posent un lapin aux adultes en allant dans leur résidence secondaire : la lune ! Quand on a expliqué que la situation de son père était régularisée, il n'écoutait pas.
Il avait peur, il a passé une partie de la nuit à chercher, vainement, la combinaison du cadenas … et il a trouvé un trou !
I.R. : ??????????? (elle est folle !)
N.T. : Mais bon... Les lapins, comme on le sait c'est « chaud ». Vous pourriez faire un élevage, les manger, en mettre dans les paniers. On voit pas beaucoup de lapins, surtout bio…
I.R. : Nos animaux sur la table ? JAMAIS !... Mais, c'est vrai qu'on n'a pas faim …
Les animaux, à la ferme, il y en avait toujours, c'est un souvenir d'enfance, c'est comme un symbole. Et puis, ce sont des animaux de compagnie, c'est un plaisir de les voir, de les nourrir, d'observer leur comportement, leur habitudes … on pourrait pas s'en passer.
Vous voyez la vieille chèvre là ? Quelqu'un n'en voulait plus et on l'a accueillie. Elle va mourir ici. (En plus, un centre d'hébergement pour animaux SDF!)
Et, vous savez, les lapins, c'est fragile, ils sont vaccinés et traités dès la naissance ; il n'y a pas si longtemps, Romain a perdu tous ses lapins à cause d'une épidémie...
N.T. : C'est curieux, pendant la guerre, on ne voyait jamais un œuf, et encore moins un poulet, mais on mangeait du lapin ! C'est vrai que c'est plus facile à élever dans un grenier
que la volaille, et c'est moins bruyant ! Ils étaient forcément bio !
Les enfants étaient de corvée, pour cueillir le pissenlit et le plantain... Ils étaient enrôlés dans le mouvement général de survie : ramasser le crottin pour les jardins (même en ville il y avait des chevaux, attelés aux corbillards dont il fallait guetter le passage) ramasser les doryphores, pouah ! On avait les doigts poisseux et jaunes. Mais contre une bouteille pleine, la Mairie donnait quelques sous : ah ! les rubans de réglisse enroulés autour d'une perle de couleur ! On faisait les poubelles aussi : celle de notre voisin, un collaborateur notoire, recélait des trésors. Et qui présentait à la boulangerie des tickets tellement faux que les adultes en avaient honte ?
Dire que ces enfants de la guerre, toujours en alerte, sont devenus les parents et grands-parents des petits princes conduits à l'école en voiture !
I.R. : C'est vrai... on n'imagine plus maintenant …
N.T. : Revenons au présent... Vous savez qu'on a parlé, à l'Association régionale, d'augmenter la diversité dans les paniers... Qu'en pensez-vous ?
I.R. : Oui ! Nous savons que les amapiens voudraient avoir des œufs. Ça fait deux ans qu'on y pense... Patrick, qui passait par là, confirme et, en gestionnaire avisé, fait un rapide calcul : un œuf par jour, 50 paniers, 6 œufs par semaine et par panier, ça fait 50 poules et au moins 1 m2 par poule... on a la place ! Faut construire le poulailler !!
Ça n'engage que moi, mais j'ai le sentiment que pour eux, les animaux et le commerce, ça va pas bien ensemble ! Comme ils ont prêts à presque tout pour leurs chers amapiens, un jour peut-être, des cocottes pondeuses accompagneront leurs poules de luxe !
Personnellement, je souhaite, pour eux, que le poulailler demeure un château en Espagne ! Des œufs, il y en a partout, et pas seulement à Pâques !
Pendant ce temps, Romain entraîne ses lapins à « la sortie du tunnel ». En temps de crise, ça peut toujours servir ! «Fastoche ! » pense Cachou, déjà entraîné !
Nelly avec la complicité d'Isabelle.